Affaire Jorge Cortel
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[À la demande de nombreux media étrangers qui souhaiteraient couvrir cette histoire, et disposer d’un lien en anglais, voici un résumé de mon calvaire.]
Voici ce qu’il m’est arrivé alors que j’essayais de défendre l’utilisation légale des réseaux peer-to-peer (P2P) en Espagne.
J’enseigne la «propriété intellectuelle» (bien que je n’aime pas cette expression), ainsi que d’autres sujets, à des étudiants de Maîtrise à l’université polytechnique de Valence (UPV, en Espagne), depuis plus de cinq ans. Il y a deux semaines, il a été programmé que je donne une conférence (j’étais invité par l’association universitaire de l’ETSIA et par le groupe d’utilisateurs de Linux dans le cadre de la «semaine de la culture») dans l’un des bâtiments de l’université. Pendant cette conférence, je devais analyser l’utilisation légale et les avantages des réseaux P2P, y compris dans le cadre d’œuvres protégées par le droit d’auteur (selon la loi espagnole sur la propriété intellectuelle, sur la droit à la copie privée, ainsi que de nombreux travaux de recherche, livres et décisions de justice). J’avais même
l’intention d’utiliser le réseau afin de «prouver» que c’était légal, puisque des membres de la société SGAE étaient passés à la télévision pour dire tout simplement que «les réseaux P2P sont illégaux» (sic) ; et c’est pourquoi j’avais même contacté SGAE, la police nationale et le procureur de la République pour les informer de ma conférence.
La veille de la conférence, le Doyen de l’université (sous la pression de l’association de l’industrie du disque espagnole «Promusicae», comme je l’ai découvert plus tard puisqu’elle s’est reconnue dans une citation du quotidien national El País, et même sous la pression de l’association américaine MPAA, comme l’indique un autre journal) a essayé d’empêcher la conférence en retirant la permission d’utiliser le créneau retenu. J’ai donc programmé une deuxième conférence, qui a été refusée également. Puis une troisième. J’ai finalement donné ma conférence à la caféteria de l’université, pendant cinq heures, devant 150 personnes.
Un peu plus tard le jour-même (le 4 mai, je ne l’oublierai jamais), j’ai reçu un coup de fil du directeur des programmes de Maîtrise de mon université, qui m’a informé que le Doyen de l’université l’avait appelé et lui avait demandé de «s’assurer que je n’enseignerai plus ici», puis, lors d’un deuxième appel, m’a dit : «c’est ton choix, mais aussi ta responsabilité».
Le directeur m’a appelé et m’a d’abord demandé de retirer tout hyperlien de mon site personnel vers celui de l’université, et de «cacher» le fait que j’enseignais là-bas. Puis, il m’a parlé des pressions et des menaces dont lui-même mais aussi l’université avaient fait l’objet (être sujet à une inspection sur les licences logicielles, des inspections de violation de droits d’auteur, ou de toute chose susceptible de leur causer du tort). De toute évidence, il me fallait démissionner pour sauver son emploi (ainsi que ceux de tous les intervenants en Maîtrise). J’ai donc démissionné.
Mais même après ma démission, quand les média (qui commençaient à s’intéresser à l’affaire, comme vous pouvez le voir dans les liens ci-dessous) ont appelé, le vice-doyen responsable de la communication a eu le culot de dire que je «n’ai jamais été professeur dans cette université», et que je «n’avais fait cours qu’à quelques classes». Bien sûr, je n’étais pas Professeur d’université (ce que je n’ai jamais prétendu être), mais j’y ai enseigné plusieurs sujets pendant plus de cinq ans !
Le plus important n’est pas que j’ai perdu mon travail, bien que les notes que j’ai obtenues dans le questionnaire de satisfaction des étudiants soient les plus élevées de tout le secteur Maîtrise, et que je n’ai jamais enfreint aucune règle, aucun contrat, aucun règlement. Ça ne me gêne pas non plus de ne jamais avoir reçu le moindre coup de téléphone direct de la part de ceux qui ne partageaient pas mes idées ou ma manière de faire. Ce que je regrette le plus, c’est d’avoir subi une censure à l’intérieur de ma propre université
(dans un pays membre de l’Union européenne de surcroît !), et qu’elle soit le résultat de pressions et de menaces émanant de collectifs de l’industrie du disque et de l’industrie cinématographique (vous trouverez des preuves de tout cela sur mon site web).
Quand allons-nous faire quelque chose contre cela ? Nous ne pouvons pas les laisser imposer leur modèle économique dépassé, inefficace et voué à l’échec par les menaces, les pressions et le silence imposé. Nous devons briser ce silence. J’aimerais parcourir le monde (comme je le fais actuellement en donnant des conférences à travers l’Espagne) pour raconter mon histoire, et ils ne m’obligeront pas au silence. La vérité doit être connue ! Mais pour cela j’ai besoin de votre aide.
Cette histoire a déjà été couverte par plus de 400 blogs espagnols, radios nationales, magazines et journaux. Mais personne ne semble la connaître hors d’Espagne. Pourriez-vous, s’il vous plaît, m’aider à la faire connaître par-delà ses frontières ?
Si vous avez besoin d’informations complémentaires, n’hésitez pas à me le faire savoir.
(:commentboxchrono:)
Date Created: 20 May, 2005, 09:15 AM
[Upon the request of various foreign media that would like to cover this story, and would like a link to the source in English, here is a recap of my ordeal]